

TEMPUS FRACTUM:
Fragments mélodiques entrelacés
NOUVEAU
PROGRAMME
Inspiré par de fragiles fragments musicaux des XIIIe et XIVe siècles, ce programme ressuscite des mélodies qui ne subsistent que sous forme de bribes – illisibles, incomplètes, souvent abandonnées avant d'être pleinement terminées. Plutôt que de les présenter comme des curiosités isolées, nous les laissons s'épanouir, en chantant chaque fragment tel qu'il figure dans le manuscrit, en tissant des fils d'improvisation – échos de chant grégorien, polyphonie de Notre-Dame, couleurs venues d'autres époques et de notre propre imagination – autour et entre les lignes, comme pour capter l'imagination de religieuses médiévales soudainement transportées dans le présent. Il en résulte un monde onirique où les voix glissent à travers les siècles, des œuvres inachevées trouvent leur aboutissement et des pages oubliées sont redécouvertes. L'improvisation étant au cœur du programme, chaque représentation est unique, faisant de chaque concert une rencontre singulière, à la fois réflexion historique, composition en direct et acte de réanimation. C'est une musique rarement jouée, souvent méconnue, et pourtant pleine de mystère, de sens et de puissance expressive. Des fragments du passé sont réinventés, révélant une beauté insoupçonnée.


Une étincelle dans le noir
Ce programme est le deuxième que Contre le Temps consacre à la musique de l’École de Notre-Dame des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles. Cette musique occupe une place particulière dans le cœur de l’ensemble en raison de son évidente beauté musicale, de son originalité, de ses textes évocateurs et poignants, ainsi que de sa nature contemplative et holistique. Avec ce programme, nous cherchons à évoquer à la fois les aspects les plus mystérieux de la musique médiévale — ses qualités prophétiques, mystiques et occultes — et son immense puissance de dévotion, de louange et de chaleur.
Nous recréons l’émerveillement que l’on ressent en contemplant un ciel étoilé, la sensation d’immensité, de magie et de beauté que procure ce spectacle éternel. Son éternité, comme celle de cette musique, nous enveloppe, nous réconforte et nous accompagne. À travers ce programme, nous emmenons le public dans un voyage à travers les étoiles et les terres de Tarse, sur les traces des Rois Mages. Nous verrons au loin briller l’étoile du matin, entendrons les pas des rois, verrons l’or scintiller, sentirons l’encens et la myrrhe, et nous arrêterons, éblouies par la puissance divine, prêtes à affronter une nouvelle ère. Ces textes anciens portent un message d’espérance et de confiance en l’avenir, qui semble particulièrement nécessaire en ces temps troublés. Par la voix et la musique, nous transmettons ces émotions, donnant vie aux musiciens et aux poètes du XIIᵉ siècle.
La musique que vous entendrez est celle qui résonnait à Paris à l’époque de l’École de Notre-Dame lors de la célébration de l’Épiphanie. Nous alternons entre du plain-chant et des pièces polyphoniques à deux, trois et quatre voix, pour la plupart tirées de la liturgie de l’Épiphanie. Ces pièces polyphoniques appartiennent au genre de l’organum, un type de composition qui s’est développé à cette époque à partir de pratiques improvisées. Les pièces sélectionnées offrent une palette sonore variée et surprenante, explorant tout le spectre des possibilités rythmiques et harmoniques. Le programme s’achève avec un chef-d’œuvre absolu de la musique médiévale : l’organum Viderunt omnes à quatre voix. Composée pour Noël, cette pièce continue d’émerveiller par sa puissance et son génie compositionnel.
NOUVEAU
PROGRAMME


Intra Muros :
Polyphonie dans les murs du “Château intérieur” de Sainte Thérèse
Ce programme dévoile la vie musicale du monastère royal de Santa Ana à Ávila, en Espagne et offre un regard pénétrant sur la condition des moniales qui y chantaient au XVIe siècle. La collection de manuscrits conservée au couvent révèle l’importance et la richesse du plain-chant, de la polyphonie sophistiquée, de la musique liturgique, des villancicos et des pratiques d’improvisation. Ensemble, ces témoignages mettent en lumière l’intensité spirituelle et la créativité musicale qui animaient la communauté monastique.
Au cœur de notre programme se trouve la Missa L’homme armé de Francisco Guerrero, composée
au début de sa carrière et conservée dans le Libro de polifonía n° 8 de Santa Ana. Le livre de parties
du Cantus II est manquant. Grâce au travail du Dr David Mesquita, qui a soigneusement reconstruit la voix manquante du Cantus II en utilisant des techniques de composition historiques, nous pouvons chanter la messe dans son intégralité.
Pour nous guider à travers ces murs conventuels, nous suivons la vie de Sainte Thérèse d’Ávila,
figure centrale du mysticisme de la fin de la Renaissance. Le programme s’articule autour des quatre degrés de prière qu’elle décrit dans son autobiographie, le Libro de la Vida (1588) : la méditation, la prière, l’introversion silencieuse et l’union extatique. Entre les différentes parties de la messe, sont présentés des chants pour la fête de Sainte Thérèse (15 octobre), enrichis d’improvisations contrapuntiques — contrapunto alla mente — une pratique historique qui rappelle les méthodes d’enseignement des maîtres de chapelle des cathédrales. Cette approche nous invite à une véritable spontanéité, reflétant la virtuosité et la maîtrise requises par cette tradition musicale.
Des extraits des écrits de Sainte Thérèse d’Avila sont insérés tout au long du programme qui se
conclut par l’antienne Media vita in morte sumus, offrant une réflexion finale sur la vie et la dévotion de Sainte Thérèse.
NOUVEAU
PROGRAMME


Mundus Vergens :
Le monde disparaît
Notre programme le plus demandé, Mundus Vergens : Collapse of the World, réinvente l'univers sonore de la cathédrale Notre-Dame de Paris. De la douceur lumineuse et des dissonances monumentales des conduits à quatre voix, aux mélismes entraînants et à l'intensité saisissante du chant grégorien à l'unisson, en passant par nos propres explorations dans l'ornementation, l'improvisation et la composition, nous expérimentons avec le tempo, le timbre et la couleur pour offrir des interprétations vivantes de cette musique, qui évoluent à chaque représentation. Le programme culmine avec le magnifique et envoûtant Deus Misertus hominis, que nous accompagnons de mouvements rappelant les danses cléricales documentées au XIIIe siècle, symbolisant les mouvements du monde et des sphères. Avec comme fil rouge la complainte de Job « Où puis-je trouver la force de m'appuyer ? », ce programme transporte à travers le désespoir, l'effondrement, la résilience et enfin la redécouverte de la beauté dans un monde au bord du gouffre.



Ubi sunt mulieres?
Ce programme est une célébration musicale des femmes dans les sources médiévales occidentales provenant des régions correspondant aujourd’hui à la France, l’Espagne et l’Angleterre. Au Moyen Âge, le culte de la Vierge Marie a gagné une immense popularité aux XIIe et XIIIe siècles, et les œuvres qui lui sont dédiées mettent en avant la douceur, l’amour et la sensibilité. Le langage utilisé pour décrire Marie a également influencé le développement de la poésie d’amour profane, où la tendresse de la dévotion mariale s’est superposée à la figure de la femme aimée. Dans ce programme, nous explorons les louanges sacrées et profanes des femmes, mettant en dialogue ces deux sphères et révélant les profondes connexions entre la vénération religieuse et l’amour courtois.
S’étendant du XIe au XVe siècle, le programme illustre l’évolution des styles musicaux, passant du chant monophonique simple à la polyphonie complexe. Certaines œuvres sacrées, telles que Salve decus du manuscrit de la cathédrale de Cambrai et l’Alleluia V. Ave Maria du Tropaire de Winchester, montrent la dévotion envers la Vierge Marie, dont la pureté et la grâce étaient des thèmes centraux dans
le culte chrétien médiéval.
Une figure particulièrement significative est Hildegarde de Bingen (1098-1179), l’une des rares compositrices connues du Moyen Âge. Hildegarde n’était pas seulement compositrice, mais aussi mystique, écrivaine et abbesse, et ses œuvres visionnaires continuent de résonner aujourd’hui. Ses compositions, telles que O tu illustrata, célèbrent le féminin divin et se distinguent par leur beauté virtuose. Le rôle d’Hildegarde en tant que compositrice dans un monde monastique dominé
par les hommes en fait un puissant symbole des contributions créatives des femmes à la culture médiévale. Sa musique, tout comme notre collaboration en tant qu’ensemble féminin, rend hommage aux voix des femmes – à la fois littérales et figuratives – à travers l’histoire.
Notre travail avec Contre le Temps reflète la manière dont cette musique aurait pu être interprétée à l’origine – par des chanteuses qui se connaissaient bien et partageaient une profonde familiarité avec le répertoire. Dans les cadres monastiques, comme celui d’Hildegarde de Bingen, les religieuses chantaient quotidiennement ensemble, créant une musique à la fois dévote et représentative
de leur communauté. De manière similaire, nous, en tant qu’ensemble de quatre femmes, travaillons de façon démocratique et intime, développant une relation étroite avec le répertoire. Notre processus implique de chanter ces pièces encore et encore, en expérimentant différents phrasés, tempos et couleurs vocales. L’acte de chanter ensemble, souvent par cœur et sans direction unique, honore les traditions du chant communautaire féminin, mêlant sensibilités personnelles et univers sonore ancien que nous faisons revivre.
La dévotion mariale qui imprègne la musique sacrée de ce programme s’étend également aux chansons profanes, telles que Je me complains de Guillaume Dufay. Ici, un langage similaire d’admiration et d’adoration est appliqué à la femme aimée, montrant comment la poésie de l’amour courtois empruntait à l’imagerie religieuse, élevant la bien-aimée terrestre à un statut quasi divin. Notre choix de
chansons profanes, tirées de sources comme le Manuscrit de Chypre et le Codex d’Oxford, démontre l’interaction complexe entre les thèmes sacrés et profanes, brouillant les frontières entre la vénération spirituelle et l’amour terrestre.
En mettant côte à côte ces louanges sacrées et profanes, nous célébrons non seulement les femmes qui ont inspiré ces œuvres, mais aussi notre propre parcours collaboratif en tant qu’ensemble féminin, perpétuant l’héritage des contributions musicales et culturelles des femmes à travers les siècles.



Le Baiser de la Rose
Ce programme s'inspire de deux textes médiévaux essentiels : "Le Roman de la Rose" de Guillaume de Lorris et le lai "Qui n'aroit autre deport" tiré du "Remède de Fortune" de Guillaume de Machaut. En utilisant "Le Roman de la Rose" comme cadre narratif, nous accompagnons le rêveur qui s'endort avec l'arrivée du printemps et entre dans un rêve vif. Dans ce rêve, il découvre un jardin magnifique en pleine floraison et rencontre une rose qui captive son cœur. Frappé par la flèche de Cupidon, il se lance dans une quête pour obtenir cette rose. Guidé et défié par diverses figures allégoriques – comme Raison, Jalousie et Danger – la poursuite de l'Amant reflète les épreuves et les joies de l'amour courtois.
"Le Roman de la Rose" a eu un impact profond sur la culture courtoise médiévale, influençant la poésie, les arts visuels et la musique pendant des siècles. C'est pourquoi, pour mettre en lumière cet héritage durable, nous avons associé l'histoire à un lai de Guillaume de Machaut, dont le récit poétique raffiné explore les complexités de l'amour. Écrit un siècle après l'œuvre de Guillaume de Lorris, le lai de Machaut reflète les thèmes antérieurs dans un style délicat, habile et poignant.
Notre programme alterne entre des strophes monodiques du lai de Machaut et des chansons polyphoniques de la fin du XIVe siècle et du début du XVe siècle. Ces pièces polyphoniques, caractérisées par le style ars subtilior, présentent des rythmes complexes et syncopés, des mélodies sinueuses et sensuelles et des harmonies frappantes, créant une texture musicale riche et scintillante. À travers ce mélange de musique et de poésie, nous revivons le monde allégorique et symbolique de l'amour médiéval, permettant au battement de cœur des amoureux d'autrefois de résonner avec le public d'aujourd'hui.

Klosterklang:
une heure paisible en compagnie de nonnes du XVème siècle
Ce programme offre un aperçu de l'univers du couvent des carmélites de Mayence dans la deuxième moitié du 15e siècle. Il s'agit d'une exposition sur la vie monastique au début du XVIIe siècle. A cette époque, le couvent était florissant et il subsiste une grande collection de manuscrits qui y ont été écrits. Nous proposons de recréer l'atmosphère d'un office tel qu'il aurait pu être chanté à l'époque. Nous avons choisi les vêpres de la Nativité de la Vierge Marie, qui auront lieu le 8 septembre. Cela nous donnera l'occasion de comprendre comment cet office était chanté au XVe siècle. Ces prières étaient chantées chaque jour, entièrement en latin et selon la tradition de la lamentation grégorienne. Ce concert sera un moment de méditation et d'introspection et tentera de restituer l'atmosphère sereine d'un monastère entre deux guerres sanglantes. Dans le monde agité d'aujourd'hui, cette musique peut être un refuge et une source d'inspiration pour ralentir le cours du temps et trouver une sérénité qu'il est difficile d'atteindre ailleurs.
